Projets ACECP (2) Edifice 211 du Saint- Sacrement

La restauration de l’édifice du 211 St-Sacrement révèle aussi l’histoire du Merchants’ Exchange

Texte écrit par Daniel Durand, architecte, DFS Inc Architecture & Design
Crédits photo : Bernard Guay
Crédits photo : Bernard Guay

Au tournant de l’an 2000, l’édifice mieux connu comme celui du siège du journal Le Devoir pendant une vingtaine d’années, a été transformé en unités résidentielles en copropriété. Un effort de mise en valeur des façades avait alors été entrepris, notamment en réintroduisant des fenêtres inspirées de celles d’origine. En ce qui concerne la maçonnerie, les travaux s’étaient alors limités à des réparations et au nettoyage de la pierre calcaire. Au fil des ans, les copropriétaires ont développé un fort sentiment d’appartenance à l’édifice et surtout la volonté d’entreprendre un véritable projet de restauration des façades extérieures. Des inspections effectuées au début de 2014 ont permis de mieux identifier les problèmes d’ordre structural de la maçonnerie et surtout d’acquérir la connaissance requise pour mener à bien les interventions de restauration. Ces travaux ont entre autres consisté à remplacer certaines pierres de taille fragilisées par l’érosion, à réparer des pierres fracturées ou fissurées, à rétablir le fini d’origine de certaines surfaces de pierres et à reconstituer le traitement architectural des pierres vermiculées. La façade avant a bénéficié d’un rejointoiement complet de ses joints de mortier et d’un nettoyage des pierres. Par ailleurs, à la base de la façade, on a réintroduit la présence des panneaux architecturaux en bois. Enfin, au niveau des corniches et des allèges de fenêtres, le projet est intervenu pour protéger et allonger la durée de vie des pierres d’origine. Sur un autre plan, la restauration a permis de mettre en valeur l’architecture de l’immeuble.

Crédits photo : Bernard Guay
Crédits photo : Bernard Guay
Crédits photo : Bernard Guay
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L’édifice actuel, construit en 1865, trouve son origine également dans la première construction du Merchants’ Exchange de 1855. En effet, suite à l’incendie de la veille de Noël 1864, un très grand nombre de pierres de la première construction ont été réintégrées dans la composition architecturale du nouvel édifice agrandi. Dorénavant, celui-ci se déployait sur trois niveaux divisés en sept travées, le tout couvert d’un toit mansardé. Au début des années 1900, ce toit a été remplacé par un quatrième niveau dont on peut toujours constater l’ajout dans la nuance du changement de la pierre calcaire. Au-delà de l’histoire de pierres, des recherches historiques ont permis de mettre en évidence les liens étroits entre l’institution du Merchants’ Exchange et celle de la création de la Bourse de Montréal en 1874. C’est autour de membres très actifs, tels que Lorne MacDougall, Louis-Joseph Forget, John Young, Alfred Larocque, Theodore Hart, Luther Hamilton Horton et quelques autres que la Bourse de Montréal (Montreal Stock Exchange) établit son siège dans la salle de lecture de l’édifice du Merchants’ Exchange avant d’y élire complètement domicile en 1883 . La Bourse y demeurera jusqu’en 1904, année où elle s’installe dans son bel édifice de la rue Saint-François-Xavier. À cette époque, la rue du St-Sacrement était le pôle des activités boursières. C’est en 1919 que la Marconi Wireless Telegraph Company od Canada acquiert l’immeuble, pour en faire le siège social de ce qui allait devenir l’une des plus éminentes entreprises de télécommunications à travers le monde. En effet, la Canadian Marconi deviendra en 1950, une société de la couronne, Canadian Overseas Telecommunications Corporation (COTC) qui sera à nouveau privatisé en 1987, pour devenir Teleglobe Canada. Pendant plusieurs décennies, l’édifice du Merchants’ Exchange sera connu comme le Marconi Building.

Crédits photo : Bernard Guay
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L’arrivée du journal Le Devoir, en 1972, marque un tournant. Après des années de déclin qui accompagnent celles du Vieux-Montréal en général, l’édifice retrouve une notoriété. Joseph Charbonneau, Claude Ryan y ont œuvré avant de devenir des membres du gouvernement. Régulièrement, le journal reçoit des personnages importants de notre société. Encore aujourd’hui, pour plusieurs, cet édifice demeure celui du Devoir, comme en témoigne la plaque commémorative apposée à l’entrée.

Crédits photo : Bernard Guay
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En résumé, les recherches entreprises ont permis de mettre en évidence le rôle de premier plan que l’édifice a joué dans le domaine des bourses, du monde des affaires et le milieu des communications. Vis-à-vis de l’histoire de Montréal, des entreprises et des personnages importants ont été des acteurs qui, à partir du Merchants Exchange, ont modelé des aspects de l’économie et de la vie au sein de la métropole. En ce sens, nous sommes convaincus que l’édifice est appelé à recevoir une plus grande reconnaissance historique et patrimoniale.

Crédits photo : Bernard Guay
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